Un exemple de symbiose industrielle : Kalundborg, le bon sens au service de la transition écologique !

Est-ce que vous connaissez Kalundborg ? Le nom de cette petite ville portuaire danoise de 16370 habitants, située sur l’île de Seeland, ne vous dit peut être rien ! Pourtant, si vous êtes intéressé par les questions de développement durable,Kalundborg mérite toute votre attention. 

À la fin des années 50, la centrale électrique d’Asnaes voit le jour à Kalundborg. Il s’agit d’une centrale électrique au charbon composée de trois unités actives (respectivement de 147 Mw, 270 Mw et 640 Mw). Bien entendu, ce n’est pas l’utilisation du charbon pour produire de l’électricité qui fait de Kalundborg un modèle de développement durable ! Voyons donc la suite de l’histoire…

En 1961, une raffinerie voit le jour à Kalundborg

 

À proximité de la centrale électrique d’Asnaes. L’activité de cette raffinerie est de raffiner le pétrole brut et les condensats en essence, diesel, propane, et fioul domestique. Aujourd’hui, sa capacité de production atteint jusqu’à 5,5 millions de tonnes de produits pétroliers par an.L’ajout d’une activité de raffinage pétrolier à Kalundborg ne va certainement pas vous convaincre davantage de la durabilité du modèle…

Mais les choses ne s’arrêtent pas là. En 1972, une usine de production de panneaux de gypse de construction s’installe sur le site de Kalundborg. Elle produit à présent 14 millions de m2 par an. Quatre ans plus tard, en 1976, le site accueille la plus grande installation de production d’insuline au monde. La société Novo Nordiske emploie aujourd’hui 3500 personnes sur ce site.

D’autres acteurs industriels vont s’installer à Kalunborg : industrie agrochimique, entreprise de ciment, usine de récupération de nickel… L’industrie agro-alimentaire s’y développe également avec l’émergence de fermes classiques, de fermes en acquaculture et des élevages de porcs. Bref, au fil des ans, tout un écosystème industriel se constitue à Kalundborg.

En règle générale, lorsque des industriels ayant des activités aussi différentes se regroupent sur un site, c’est la règle du «chacun pour soi» qui s’impose.

Tel n’est pas le cas à Kalundborg

 

La raffinerie va fournir du gaz à l’usine de production de panneaux de gypse de construction. Celle-ci reçoit également du gypse qui est à la base un déchet de la centrale électrique d’Asnae.

La centrale électrique et la raffinerie vont également échanger de bons procédés : la raffinerie fournit à la centrale du gaz et ses eaux usées. En retour, la centrale lui fournit de l’eau et de la vapeur.

La centrale électrique alimente également en vapeur l’usine de production d’insuline. Elle fournit de la chaleur aux fermes en aquaculture. Même les cendres qu’elle produit, considérées partout ailleurs comme un déchet, deviennent une ressource pour les fermes en aquaculture, les entreprises de ciment et l’usine de récupération du nickel !

Enfin, elle fournit de la vapeur à la municipalité de Kalundborg. Au fil du temps, un réseau environnemental de plus de 20 accords commerciaux bilatéraux se constitue entre 6 firmes et une municipalité, dans le recyclage de l’eau, l’échange d’énergie et le retraitement des déchets.

Des accords qui profitent à tous

 

Les différents partenaires de cette symbiose industrielle concluent entre eux des accords bilatéraux basés sur les lois du marché. Et les résultats sont spectaculaires.

Sur un plan environnemental, la symbiose de Kalundborg permet d’économiser chaque année 45000 tonnes de pétrole, 15000 tonnes de charbon, 600 000 m3 d’eau (qui est une ressource rare au Dannemark). Elle permet d’éviter le rejet de 175 000 tonnes de CO2 et 10 000 tonnes de dioxyde de souffre. Les déchets produits par les uns deviennent une matière première et une ressource pour les autres. Ainsi, 130 000 tonnes de cendres, 4500 tonnes de souffre, 90 000 tonnes de gypse et 1440 tonnes d’azote passent du statut de «déchets» à celui de «matières premières» !

Et ça marche aussi sur un plan économique. 75 millions de dollars furent investis pour réaliser les opérations de symbiose et le retour sur investissement est de 15 millions par an.

Un véritable modèle

 

Aujourd’hui, Kalundborg est souvent cité comme référence en termes de symbiose industrielle. Ce qui est le plus remarquable dans l’histoire de cette symbiose, c’est que tout ceci s’est créé par un processus spontané de coopération entre les différents acteurs présents sur le territoire de Kalundborg.

Il n’y a pas eu de pilotage déterminé et centralisé de la démarche. Il s’agit simplement d’une histoire humaine d’acteurs qui, vivant sur un même territoire, ont étés capables de créer sur la durée du bon sens et de la confiance. Depuis plusieurs centaines d’exemples de symbiose industrielle se sont mises en œuvre partout dans le monde !

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